Les Affaires - samedi 29
mars 2003 (Québec)
Gagner du temps pour
la famille
en travaillant mieux
L'ère des bourreaux de travail tire à sa fin;
il faut désormais améliorer son efficacité
Froment, Dominique
La conciliation travail-famille est très à la mode en cette période
électorale. La solution à ce problème de citron pressé n'est sûrement
pas simple, mais une chose est certaine : si on perdait moins de temps au
travail, on aurait plus de temps pour la famille.
Quand nous avons demandé à des spécialistes de la gestion du temps
de nous énumérer les principales causes de perte de temps dans les
entreprises, nous nous attendions à ce qu'ils nous parlent de pauses-café
qui s'étirent, de bavardage entre collègues et autres clichés du genre.
Pas du tout.
Les technologies et les méthodes de production ont beaucoup évolué
depuis une vingtaine d'années. Mais les travailleurs n'ont peut-être pas
suivi. Dans les pays industrialisés, l'économie est dirigée par les
baby-boomers, dont les valeurs approchent, semble-t-il, de leur date
d'expiration. Cette génération de gestionnaires et d'entrepreneurs, des
hommes pour la très grande majorité, ont beaucoup valorisé leur vie
professionnelle. Et ils ont imposé leur vision à tous les niveaux hiérarchiques.
Le dévouement de leurs femmes pour l'entretien de la maison et pour l'éducation
des enfants les y ont d'ailleurs encouragés.
Les hommes d'affaires et les cadres ont toujours aimé se vanter de
travailler beaucoup. Or, les choses sont en train de changer. On peut
parfois entendre des gens se flatter d'effectuer leur travail en moins de
temps que les autres... ce qui, encore aujourd'hui, peut leur valoir la réputation
de paresseux ! Il n'en demeure pas moins que le fait de travailler
efficacement peut être un atout majeur.
On peut gagner du temps en prenant son temps
"Ce ne sont pas les travailleurs qui prennent 15 minutes de plus
pour le lunch qui font perdre du temps à l'entreprise, mais ceux qui font
ce qu'ils ne devraient pas faire, affirme Pierre Charbonneau,
associé de Raymond Chabot Ressources Humaines. La société a
longtemps valorisé le fait de travailler 50 ou 60 heures par semaine,
mais c'est peut-être en train de changer. Gagner du temps, ce n'est pas
manger en vitesse sur le coin de son bureau; c'est avant tout une question
d'attitude mentale."
"Pendant que c'est un feu roulant autour d'eux, les gestionnaires
se sentent coupables de prendre le temps de réfléchir, affirme Jean-Luc
Boudreau, conseiller senior, équipe de management, du Groupe
Conseil CFC. À force de courir pour essayer de gagner du temps, ils
s'épuisent et deviennent moins efficaces." M. Boudreau donne
l'exemple d'un employé qui travaille tard le soir pour terminer un
rapport que, trois jours plus tard, personne n'a encore lu.
"Le problème, pense aussi François Gamonnet, président
de l'Institut de gestion du temps, c'est que les cadres ne prennent
plus le temps de réfléchir sous prétexte qu'ils n'ont plus le temps.
Par conséquent, au lieu de préparer, ils perdent un temps fou à réparer."
L'action a en effet été beaucoup valorisée par les dirigeants de la
génération du baby-boom, au détriment de la réflexion. Les problem
shooters, les éteigneurs de feux, sont une espèce très
recherchée. "Entre une caserne de pompiers qui éteint 100 feux et
une autre qui en éteint 200, l'admiration générale ira à la deuxième.
Ça n'intéresse personne de savoir que si les pompiers de la première
caserne ont eu moins de feux à éteindre, c'est peut-être parce qu'ils
ont inspecté les gicleurs", explique M. Gamonnet.
L'intervention des femmes
Si les choses sont en train de changer, c'est grâce aux femmes qui, de
plus en plus, accèdent à des postes de direction. Elles sont moins carriéristes
que les hommes et recherchent une vie plus équilibrée que leurs prédécesseurs.
Et elles vont obliger les hommes de la nouvelle génération à revoir
leurs priorités. Peut-être que les baby-boomers réaliseront qu'il n'est
pas nécessaire de tout sacrifier pour réussir.
"L'idée de faire plus avec moins est un mythe, affirme
Ann
Searles, présidente pour le Canada et les Caraïbes de l'Institute
for Business Technology, une organisation présente dans 25 pays qui a
notamment comme clients Bombardier, Bell Helicopter Textron, Bayer
et Ericsson. Les compressions sont souvent basées sur la seule
logique budgétaire. Mais des études démontrent qu'elles entraînent une
baisse de productivité chez 74 % des cadres."
Au moment de s'attaquer aux pertes de temps, l'importance de la réflexion
est bien illustrée par cette métaphore d'Alain Mayrand, vice-président
du Groupe-conseil Aon : "Si on vous demande de remplir un vase
avec des cailloux, du sable et de l'eau, il faut commencer par les
cailloux, ensuite le sable puis l'eau. Mais trop de travailleurs
commencent par remplir le vase d'eau et quand ils ajoutent le sable et les
cailloux, il déborde."
LES PRINCIPALES CAUSES DE PERTE DE TEMPS AU TRAVAIL
- Dire "oui" à tout
- Mal planifier les projets
- Changer constamment de priorités
- Être esclave des courriels
- Se laisser constamment déranger
- Continuer à travailler quand on est fatigué
- Refuser de déléguer
- Manquer d'ordre
- Chercher des dossiers mal classés
- Ne jamais réévaluer ses méthodes de travail
- Surcharger son agenda
- Se donner des échéances trop serrées
- Fonctionner constamment en mode urgence
dominique.froment@transcontinental.ca
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Article
complémentaire "Onze conseils pour
gagner du temps" - Être débordé n'est pas inévitable si l'on refuse de se faire prendre au jeu